L’expert et le consommateur d’expertise


Le magazine Découvrir de l’ACFAS lance sa nouvelle formule avec un dossier sur l’expertise où le lecteur est invité à commenter notamment l’éditorial de Frédéric Bouchard et François Claveau intitulé Expert et société : entre méfiance et dépendance.

J’ai commenté cet éditorial en y ajoutant une autre perspective.

Le paradoxe de la méfiance-dépendance dans la relation des experts avec la société m’interpelle sous l’angle de la liberté d’expression. La quête de la reconnaissance sociale peut amener des experts à accepter de restreindre volontairement leur liberté. En cette période d’austérité, ils sont souvent déchirés entre défendre celui qui les mandate et qui les paie ou défendre le bien commun ou ses propres valeurs.

Le « consommateur d’expertise », qu’il soit élu ou dirigeant, requiert souvent la confidentialité. L’opinion de l’expert lui sert à confirmer, soutenir et justifier ses décisions et ses valeurs. Il ira jusqu’à compiler et amalgamer des expertises et ensuite sélectionner celles qui l’avantagent. L’expert et son expertise sont donc souvent instrumentalisés. Cela nous suggère que le « consommateur d’expertise » n’est pas si profane qu’il ose le prétendre et que l’expert consent de facto à ces manipulations en acceptant a priori la règle de la confidentialité.

Se pose en conséquence la question de la relation de « collaboration » entre l’expert et le consommateur d’expertise considérée sous l’angle éthique. L’expertise doit-elle être publiée ou maintenue secrète? Jusqu’où l’expert doit-il lui-même limiter sa liberté d’expression ou se plier au jeu de la manipulation? Alors, la reconnaissance sociale serait-elle un leurre? Comment est-elle possible si l’expert ne peut dévoiler son expertise ou que le devoir de réserve est la voie privilégiée pour en étouffer la publication et la liberté d’expression?

Des extraits des commentaires soumis en ligne seront publiés dans le prochain numéro de Découvrir.

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